Lieu (commune, département)

Apcher, Prunières, Lozère (48)

Surface (en ha)

42 ha

Nombre de personnes

1 chef d'exploitation

Cheptel

90 brebis laitières (dont 60/65 à la traite, 30 au renouvellement du troupeau) + 2 béliers

Label
  • Agriculture Biologique
Commercialisation

Vente directe sur les marchés

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2020-2022 : Préparation de la transmission

Repris en 1981 par Bernard suivi rapidement par Hélène, la ferme des Vilains évolue d’un élevage bovin mixte vers un troupeau ovin laitier, avant de se spécialiser dans la transformation fromagère et l’agriculture biologique au gré des conjonctures économiques et des envies d’évolution de travail du coupe.
Bernard cesse son activité en 2020, suivi par Hélène en 2022. La question de la transmission se pose avec acuité. Leurs deux filles, M. (38 ans en 2025) et I. (35 ans en 2025), ne souhaitent pas reprendre l’exploitation. Après avoir exploré différentes pistes (Terre de Liens, ADEAR, collectifs agricoles), Kévin, le compagnon d’Iseult et salarié agricole depuis dix ans, à quelques mois de la retraite d’Hélène, le souhait de s’installer et reprendre la ferme.
Un parrainage d’un an est organisé avec l’accompagnement de l’ADEAR pour permettre à Kévin de tester le métier et à Bernard et Hélène d’évaluer sa capacité à reprendre l’exploitation. La transmission se concrétise en parallèle par des donations équilibrées et concertées :
• La maison d’habitation actuelle (de Bernard et Hélène) est donnée à M.
• La maison à rénover, ainsi que des terres supplémentaires, sont attribuées à I. pour compenser la moindre valeur du bien. Iseult vend ensuite une partie de ces terres à Kévin pour financer la rénovation de sa maison.
• Kévin achète les terres restantes en juin 2023, une solution moins coûteuse qu’une donation directe.

2023 : Installation officielle de Kévin

Kévin s’installe officiellement en janvier 2023 sous le statut d’entreprise individuelle et reprend :
• Un troupeau de 90 brebis (dont 60-65 en production laitière).
• L’ensemble des équipements agricoles ( sauf le tracteur, prêté quand nécessaire )
• Les débouchés commerciaux existants (marchés, vente directe, fournisseurs).
• Les terrains qu’il achète à Bernard ou loue à M., la fromagerie et les bâtiments agricoles que M. lui met à disposition jusqu’à création de nouveaux, qui doit être plus éloignés de la maison d’habitation (à la demande de Bernard et Hélène, du village) – l’échéance n’a pas été fixé en amont.
Les défis à son installation sont nombreux :
• Enjeux structurels (salle de traite, salle de fromagerie, gestion de l’eau)
• L’adapation aux aléas sanitaire (épidémie de listeria en 2024, entraînant la perte de 22 000 € de fromage).
• La modernisation du matériel (achat d’un pasteurisateur automatisé (16 000 €) pour améliorer la qualité et la sécurité des produits)
Kévin bénéficie de l’appui technique de Bernard et Hélène, bien que ces derniers soulignent l’importance de son autonomie progressive. Un apprenti est accueilli en 2024, et Kévin envisage d’embaucher un salarié ou de créer un GAEC pour partager la charge de travail.

La transmission : équilibre entre héritage et innovation

  • La transmission de la ferme des Vilains repose sur plusieurs piliers:
    • Équité entre les héritiers : Les donations sont calculées pour assurer une répartition juste entre M. et I., tout en permettant à Kévin, compagnon d’I. et père de leur enfant, d’accéder à la terre.
  • Accompagnement technique et humain : Le parrainage et l’appui continu de Bernard et Hélène permettent d’assurer une transition aidée mais Bernard, âgé ne pourra pas soutenir Kévin pour de nombreuses années encore.
  • Projets d’avenir :
    ◦ Construction d’un nouveau bâtiment pour libérer l’ancienne fromagerie, potentiellement transformable en gîte ou logement permettant un complément de revenu pour Bernard et Hélène
    ◦ Diversification des activités (accueil d’apprentis, embauche, modernisation des équipements).

Alors qu’aujourd’hui Kévin et I. ont un habitat léger de transition, leur enfant en bas âge grandissant, la nécessité de s’installer dans la maison qu’ils sont en train de rénover, va continuer de croître au cours du temps.
Le cumul de la retraite de Bernard et Hélène est peu élevée (malgré une carrière complète – en raison du statut de conjointe collaboratrice qu’elle a occupé). La transformation des actuels bâtiments agricoles avait été envisagée pour rénovation et transformation en gîte ou logement étudiant, rendu toutefois impossible par l’occupation prolongée par Kévin de ces espaces. Aussi, si un équilibre humain (leur fille, gendre et petite fille habitant sur leur lieu de vie) et économique ( l’activité de Kévin permet de générer des revenus « suffisants » malgré un des aléas contraignants en début d’installation ) a été trouvé, toutes les partiens ont conscience que ces fonctionnements doivent davantage sécurisés à l’avenir et y travaillent collectivement.
Bernard, âgé de 66 ans, continue de s’occuper des terres, tandis qu’Hélène, 68 ans, suit de près l’évolution de l’exploitation.

 Il est seul, et nous, nous étions deux et pour cette raison nous continuons à l’aider quand il nous le demande. Les outils ont évolué mais c’est normal qu’en tant que cédant.e.s, nous l’aidions au maximum

Conclusion : une exploitation en mouvement et la pertinence du parainnage

L’histoire de la ferme d’Apcher illustre une résilience constante, marquée par des adaptations successives aux aléas économiques, sanitaires et familiaux. La transmission à Kévin, compagnon d’I. et membre de la famille élargie, s’inscrit dans cette logique de continuité et d’innovation, avec l’objectif de préserver un modèle agricole humain, durable et ancré dans son territoire.
Les projets en cours – modernisation, diversification, accueil de nouveaux acteurs – témoignent d’une volonté de pérenniser l’exploitation, tout en lui permettant d’évoluer avec son temps. La présence de Kévin, intégré à la famille, assure une transition harmonieuse, mêlant héritage et renouveau.

Le deuxième enseignement de cette transmission réussie est l’importance de la période dite « de test » entre les deux parties (cédants, repreneur) qui ici a pu être réalisé grâce au parainnage, mise en place par une structure d’accompagnement, l’ADEAR48. Cet outil a permis de formaliser les attentes et limites de chacun-e (rdv dédiés), de sécuriser temporairement un revenu pour Kévin (repreneur) durant sa phase de test sans prendre le risque d’une installation précipitée.

Frise d’acquisition du savoir-faire
1981
Reprise de la ferme familiale (bovin lait) par Bernard
1985
Installation de Hélène (conjointe collaboratrice), transition de la ferme en bovin viande
1992
Transition à l’élevage ovin (brebis laitières)
2005-2008
Construction de la fromagerie
2009
Conversion au bio
2020
Départ à la retraite de Bernard, parainage de Kévin (1an) auprès de Hèlene (devenue cheffe d'exploitation)
2022
Départ à la retraite de Hélène et transmission de la ferme

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