Carte d’identité
Lieu (commune, département)
Ste-Croix-Vallée-Française (48)
Nombre de personnes
2 chef·fes d'exploitation + 1 salarié·e
Label
- Agriculture Biologique
- Nature & Progrès
Commercialisation
Vente directe à la ferme – Boutique en ligne – Réseau de revendeurs (magasins bio, pharmacies, boutiques de producteurs, commerces de proximité) – Visites de ferme avec vente sur place
Rapport.s
Galerie
ADEAR48
Mathilde COAT (accompagnatrice)
10 rue Charles Morel
Espace Jean Jaurès
48000 MENDE
04 66 49 32 80, 06 41 39 44 84
adear48@jeminstallepaysan.org
Ouverte aux stages
La ferme est ouverte aux stages :Stage de découverte, Stage non rémunéré
Postuler à un stage1978 – Geneviève crée la ferme à l’âge de 23 ans avec un élevage d’une vingtaine de chèvres. Elle va les chercher dans les Alpes avant de les installer dans les Cévennes.
2004 – Elle réoriente l’exploitation vers la culture de plantes aromatiques et médicinales. La ferme obtient la certification Agriculture Biologique et rejoint le syndicat des SIMPLES.
2007 – Création du laboratoire de transformation cosmétique et obtention de la mention Nature & Progrès.
2011 – Geneviève s’associe avec son fils Antonin pour créer un GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun). Ensemble, ils développent la ferme et font connaître les produits de Plantes des Cévennes.
2018 – Après sept années de fonctionnement en GAEC avec Antonin, Geneviève commence à préparer sa retraite. Soucieuse d’assurer la pérennité de la ferme, elle souhaite transmettre son exploitation. Elle rencontre Julie, voisine porteuse d’un projet agricole, et envisage avec elle une transmission hors cadre familial.
2019-2020 – Accompagnées par l’ADEAR 48, Geneviève et Julie construisent un parcours de transmission progressif. Après un stage de découverte de cinq semaines au GAEC, Julie prépare un BPREA par apprentissage avec Geneviève comme tutrice. Cette solution, mise en place faute de pouvoir bénéficier d’un CEFI, lui permet de se former, d’être rémunérée pendant son apprentissage et de préparer la reprise de l’exploitation et des activités de transformation cosmétique.
2020 – Julie intègre officiellement le GAEC aux côtés d’Antonin. Elle rachète les parts de Geneviève pour un montant d’environ 24 000 €, financé en partie grâce à la Dotation Jeune Agriculteur (DJA) et à un prêt consenti par Geneviève dans l’attente du versement des aides. Geneviève peut alors prendre sa retraite.
Depuis 2020 – Julie et Antonin poursuivent ensemble le développement de la ferme. Le laboratoire est modernisé afin d’améliorer les marges et les conditions de travail, de nouvelles terres sont mises en culture et une salariée rejoint l’équipe pour accompagner le développement de l’exploitation. Les premiers temps, Geneviève participe toujours bénévolement aux activités agricoles de la ferme avant de progressivement réduire son implication.

Rejoindre un GAEC : entre outil déjà en place et nouvelles méthodes de travail à poser
Risque des comptes courants non prélevés : une situation fréquente lors des transmission
En s’associant sous forme de GAEC en 2018, Geneviève et Antonin choisissent une forme sociétaire où ils mettent en commun leur travail et l’exploitation (déjà existante). Cela présente de nombreux avantages mais prévoit également que chaque associé-e dispose de son propre compte courant et l’obligation (légale) de se verser mensuellement une rémunération dont le montant est fixée (statuts).
Geneviève et Antonin prennent l’habitude dans le GAEC de se rémunérer peu jusqu’à l’arrivée de Julie pour « réinvestir » régulièrement dans l’entreprise (amélioration, agrandissement, entretiens) et « limiter » leur dépendance aux crédits bancaires : il est courant dans le secteur agricole que le montant de ces créances d’associés soit important par suite des priorités budgétaires accordées au financement. En faisant ainsi, le compte courant du GAEC accumule une « dette » dans le paiement des associés (Geneviève et Antonin). (Le compte courant est une créance/dette individuelle entre l’associé et le GAEC, il ne disparaît pas simplement parce que la personne change.). Ainsi, lorsque Julie, jeune agricultrice à son installation, s’apprête à réjoindre officiellement le GAEC, elle priorise l’usage de sa DJA pour le rachat des parts sociales de Geneviève et afin d’entrer dans la société. Le GAEC contracte un emprunt pour rembourser Geneviève (compte courant) et Julie sollicite à son tour un prêt auprès Geneviève dans l’attente du versement de ses aides. Julie explique que cette situation de dettes liés au GAEC, pourtant fréquente lors des transmissions agricoles, a d’abord suscité chez elle des inquiétudes quant à la santé économique de la ferme, notamment face aux remboursements à engager dès son entrée dans le GAEC. Selon Geneviève et Julie, cela illustre bien que cette transmission, au delà des enjeux économiques, n’aurait pas été possible sans la relation de confiance construite entre les trois associé·es.
Un outil directement operationnel et offrant un potentiel de rémunération immédiat
Dès le début d’activité de Julie, « les bénéfices d’une reprise sous la forme d’une entrée dans le GAEC déjà constitué, (par opposition à la création d’un projet d’installation ex nihilo), sont multiples : l’outil de production existait déjà, était dimensionné, opérationnel et générateur de revenus. »
Préalablement à cette installation en production de cultures aromatiques et médicinales, Julie, alors déjà voisine de Geneviève et Antonin avait un autre projet agricole d’élevage caprin avec son compagnon après avoir déjà connu une autre expérience en collectif agricole dans la même production longue de plusieurs années . Le choix du travail en société avec Antonin n’était donc pas son projet agricole initial. Cependant cette association représentait aussi une opportunité de préserver un équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, en se libérant d’une partie des contraintes d’astreinte qui peuvent particulièrement peser sur les couples engagés ensemble dans une activité agricole. Julie souligne que c’est un réel gain.
La réorganisation du travail et des espaces : un processus d’ajustement collectif
L’organisation du travail et des espaces devient aussi rapidement un sujet structurant :
Julie craint initialement la surprésence de Geneviève sur l’exploitation, la cédante étant confrontée à des enjeux patrimoniaux, de logement mais aussi d’attachement symbolique à la ferme. Celle-ci souhaite rester vivre dans l’habitation située au dessus du laboratoire de transformation et bénéficie de l’usufruit après une donation à ses enfants (terrains et bâtis) et dont Antonin est devenu l’unique propriétaire après rachat des parts de sa soeur (…). Cette transmission patrimoniale permet de débloquer des fonds financiers pour la soeur d’Antonin et une plus large souplesse dans les choix futurs du GAEC (affranchissement de la nécessité de bail entre Geneviève et le GAEC). Pour autant, ce choix connait une seule limite : la place de Geneviève, résidente à titre d’usufruitière sur la ferme qu’elle a exploité depuis 40ans. Pour Geneviève, la crainte que l’activité puisse se poursuivre sereinement sans sa présence, ainsi que la difficulté à se détacher de la ferme qu’elle a créée, demeurent alors importantes. Désormais résidente de l’exploitation uniquement en qualité d’usufruitière, elle reste profondément attachée à ce lieu, d’autant plus que la réussite de l’un de ses enfants dans ce projet revêt une importance particulière à ses yeux.
Finalement, des échanges constructifs entre la cédante et les nouveaux associé·es conduisent rapidement à la mise en place d’un fonctionnement permettant à Geneviève de conserver un rôle de soutien ponctuel, sans intervenir dans la gestion quotidienne de l’exploitation, tout en profitant pleinement de sa retraite. Nous pourrons retenir également que ces évolutions ont été rendues possibles par une réflexion patrimoniale engagée en amont ainsi que sur une prise en compte inclusive des besoins des enfants, dont l’écoute constitue un enjeu majeur des processus de transmission.
De son côté, pour Julie , la mise en place de frontières plus nettes entre activité professionnelle et vie personnelle (horaires de travail, jours non travaillés), qui pouvait initialement représenter une difficulté, a finalement constitué une évolution positive. Le risque de « double journée », lié à l’articulation entre travail agricole et responsabilités personnelles, se retrouve réduit et apparaît aujourd’hui, avec le recul, comme un bénéfice majeur de l’intégration de Julie au sein du GAEC.
Viabilité et vivabilité pour une transmission réussie
Durant ses périodes de stage puis d’apprentissage, alors que Julie interagit principalement avec sa tutrice, Geneviève, la mise en place d’une « routine » de travail en équipe avec Antonin, son futur associé n’est pas suffisament planifiée et passe au second plan. Bien que cela devienne un enjeu déterminant dans leurs relations les premières semaines, à nouveau, rapidement, les nouveaux associé.es parviennent à l’instauration de réunions de travail hebdomadaires. Au cours de la première année de travail en commun, ils font ensuite des choix stratégiques de développement. En modernisant et en agrandissant le laboratoire, ils pourront disposer d’un meilleur stockage mais aussi optimiser à nouveau leurs conditions de travail du GAEC (logistiques et de manutentation, et horaires de travail avec l’emploi d’une salariée par la suite).
Ce récit succinct et synthétisé du remplacement de Geneviève par Julie au sein du GAEC illustre à nouveau la singularité de chaque projet de transmission-reprise, mais également les nombreux bénéfices et innovations qui peuvent en émerger une fois les difficultés identifiées et les situations questionnées. Ici, la mise en regard des notions de vivabilité (humaine) et de viabilité (économique) apparaît particulièrement pertinente et souligne l’importance de profils complémentaires pour maintenir l’équilibre d’un collectif de travail agricole.

Les fermes continuent » – Un podcast de 22 minutes réalisé en 2025 produit par l’ADEAR de Lozère, qui propose d’aborder la reprise des fermes à travers le point de vue de porteurs et porteuses de projet, interrogeant les logiques entre reprise d’exploitations existantes et création d’activités ex nihilo, et comment l’Adear accompagne ces personnes dans leurs réflexions et installation.
Frise d’acquisition du savoir-faire
1978
Geneviève crée la ferme avec un élevage caprin dans les Cévennes.
2004
Réorientation vers la culture de plantes aromatiques et médicinales
2011
Geneviève s'associe avec son fils Antonin pour créer un GAEC
2018
Geneviève commence à préparer sa retraite et rencontre Julie, sa voisine.
2020
Julie intègre officiellement le GAEC aux côtés d'Antonin.
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