Carte d’identité
Lieu (commune, département)
Saint-Côme-et-Maruéjols
Surface (en ha)
12
Label
- Agriculture Biologique
Commercialisation
Vigneron indépendant en vin nature
Répartition
Rapport.s
Compétence.s acquise.s
Transmettre en mobilisant le salariat
Faciliter une transmission en adaptant les modalités de cessions aux capacités des repreneurs
ARDEAR Occitanie
Fanny THUAULT
Mas Saporta
bât B
34 875 Lattes
fanny.thuault@jeminstallepaysan.org
ADDEARG
Jocelyn Michard
6 bis rue des Gardons
30350 Maruéjols-lès-Gardon
France
04 66 25 20 19
addearg@wanadoo.fr
Alain, le domaine de Mouressipe et la rencontre avec Camille
Alain, il le dit lui-même, est « un manuel ». Cadet d’une famille de viticulteurs Gardois, il verra son frère reprendre l’exploitation familiale. Après avoir travaillé comme menuisier quelques années, il se forme comme ajusteur mécanicien et ouvre sa carrosserie dans laquelle il travaillera pendant plus de 20 ans.
En parallèle, Alain renoue avec la vigne. Cotisant solidaire pendant de nombreuses années, il est viticulteur, livrant une cave coopérative de la Vaunage. A 49 ans, il décide de vendre sa carrosserie, rachète d’autres vignes et sort peu à peu de la coopérative pour passer en cave particulière et vinifier en vin nature. Il créé alors son domaine : le domaine de Mouressipe.
En 2020, à l’âge de 64 ans, Alain embauche une jeune salariée : Camille. Ensemble ils travaillent pendant un peu plus d’un an. Au contact de Camille, en qui il a une grande confiance, Alain entame une réflexion autour de la transmission. Ayant discuté avec eux, il sait que ses enfants ne voudront pas reprendre mais ne veulent pas pour autant vendre les vignes. Alors il se décide à en parler avec Camille, et lui propose de reprendre l’exploitation en fermage. Débute alors une période de discussion, qu’Alain met en place et alimente, dans les idées comme dans la mise en place. Proche des réseaux de la confédération paysanne, il contacte l’Association Départementale de Développement de l’Emploi Agricole et Rural (ADDEARG) où il débute un accompagnement. Il finira d’ailleurs par y ramener Camille qui réalisera sa demande de DJA à l’ADDEARG.
Au cours de cette période, Alain fera le choix de réaliser un accompagnement à la transmission avec l’ADDEARG. Il fera également appel à un juriste afin de construire un montage légal pour pouvoir transmettre plus sereinement son domaine.
Le salariat pour former à la pratique et à la gestion d’une exploitation
Pendant plusieurs années, Alain voit Camille travailler avec lui comme salariée. Cela le questionne quant au dimensionnement de l’exploitation pour une seule personne. Il cherche alors une autre personne pour qu’elle s’associe avec Camille. C’est lors d’une dégustation qu’il rencontre Pierre, curieux et travaillant déjà comme ouvrier dans une exploitation viticole. Quelques mois plus tard, il le rappelle et lui propose de l’embaucher sur l’exploitation pour les former, lui et Camille.
En définitive, Pierre aura travaillé 2 ans et Camille presque 5 ans au contact d’Alain. Ce temps apparait comme d’autant plus essentiel qu’Alain travaille en vin nature, avec des pratiques particulières de vinification. Ainsi, en plus de la conduite de la vigne, le salariat a permis à Camille et Pierre de se former et à d’apprendre à vinifier. Il faut souligner la posture d’Alain, qui a progressivement laissé la main sur l’exploitation au cours de la dernière année pour permettre à ses repreneurs de s’autonomiser. Cette autonomisation s’étant faite dans les vignes, dans la cave, mais aussi dans les espaces de vente.
« J’étais là, je surveillais, je guidais, je répondais à leurs questions. En fait, la dernière année je leur ai presque laissé quartier libre puisque la dernière cuvée, c’est eux qui allaient la vendre alors il fallait bien que le vin soit à leur image… »
En parallèle, Alain a entièrement pensé la transmission de manière à faciliter la reprise. Par le biais de fermages, de mise à disposition, de prêt de matériel par exemple mais aussi en n’obligeant pas ses repreneurs à lui racheter ses stocks de vin. Au final, pour la reprise de l’exploitation d’une douzaine d’hectare, avec une cave et le matériel, les repreneurs ont eu à investir 60 000 euros à deux. En échange de cette facilitation, Alain, qui reste passionné par la vigne, utilise encore quelquefois l’outil de ses repreneurs pour vinifier et conditionner un peu de vin.
Le salariat, un cadre intéressant, mais pas toujours idéal
Si le salariat a permis à Camille et Pierre de s’autonomiser et d’apprendre à travailler sur la ferme, au cours de cette période, Alain s’est mis en difficulté financièrement. En effet, courant 2023, la demande en vin chute, les marchés d’exportation, sur lesquels reposait largement sa commercialisation se réduisent. Si bien qu’avec les salaires de ses futurs repreneurs, cumulé à la chute des ventes, en 2023, Alain réalise un bilan négatif, ce qui a accéléré la transmission.
En définitive, l’exemple d’Alain illustre en quoi, dans les exploitations qui le peuvent, le salariat peut être mobilisé pour former son ou ses repreneurs. Ce cadre permet de former les repreneurs à la production, la transformation, la gestion de l’entreprise ou encore la commercialisation.
Cependant, le cas d’Alain souligne deux éléments importants. Le premier, c’est que la posture adoptée par le binôme cédant/repreneur est particulière. Le cédant devant laisser progressivement plus de marge de manœuvre au repreneur. Tandis que le repreneur ne peut pas se permettre de rester dans une posture de salarié exécutant. Le second, c’est que selon la ferme, embaucher un salarié supplémentaire n’est pas toujours possible sans mettre la structure en difficulté.
Frise d’acquisition du savoir-faire
2020
Rencontre et embauche de Camille
2021
Naissance du projet de transmission, questionnements et identification d'un second repreneur
2022
Embauche de Pierre comme salarié
2023
Demande DJA de Camille
2024
Départ à la retraite d'Alain puis création du GAEC et installation officielle de Camille et Pierre
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