Transmettre, une démarche qu’il faut avoir dès l’installation

« La plus longue démarche à faire, c’est dans sa tête. » Dominique

Dominique réfléchissait à transmettre et communiquait autour de lui dans les réseaux 3 ans avant de le faire vraiment. Il avait posté des annonces sur la revue Campagnes Solidaires, dans les réseaux bio et sur les sites internet et contacté des gens du réseau pour trouver des porteurs de projet… Sofiane l’a rencontré en janvier 2018 suite à la découverte de son témoignage sur le répertoire. La ferme bénéficiait quand même de facteurs d’attractivité par sa localisation dans les Vosges, un coin touristique, et par son accessibilité.

Mais pour lui, « on est là pour transmettre plutôt que pour garder » et cette démarche là il faut l’avoir dès l’installation. Personne n’est éternel et des paysans, il y en déjà des centaines qui se sont succédés sur le territoire. On n’est que de passage, on n’est rien. Si on veut que des jeunes s’installent, il faut laisser la place aux autres. Et physiquement aussi pour loger les repreneurs nous dit-t-il. On ne peut pas espérer que ses enfants reprennent. Les enfants, ils évoluent de leur côté et le contexte après peut être totalement différent.

« Quand on s’est installés aussi notre transmission, elle s’était aussi super bien passée avec le cédant. On s’était dit qu’on transmettrait de la même façon. »

Même si aujourd’hui, Dominique est déçu que Sofiane ne communique pas beaucoup et qu’il n’y ai plus de contact entre eux, il ne faut surtout pas se mêler de ce qui se passe. « On reste pour donner un coup de main s’il faut mais c’est tout. » nous dit-t-il. « Maintenant, les choses sont claires, chacun chez soit et on se débrouille. » Pour Dominique, une difficulté de la transmission est le niveau d’exigence de certains cédants qui continuent à surveiller ce qu’il s’y passe. Même si des jeunes qui abandonnent au bout de 3 ans ça existe.

Dominique et Brigitte ont réinvestit dans un chalet en bois qu’ils louent pour un complément de retraite. 4 ans après avoir cédé, ils profitent d’avoir du temps libre pour retaper le chalet. Il remarque que lorsqu’on se sort du métier de paysan, les choses évoluent très vite et on se sent vite un peu largué quant aux phénomènes d’évolution du monde agricole.

Transmettre pour faire vivre un nouveau projet agricole

Sofiane a développé un atelier ovin et elle a des chevaux, dans un système agricole qui reste très petit. Elle a toujours une dizaine de vaches vosgiennes de Dominique auxquelles s’ajoutent une cinquantaine de brebis. Elle ne fait plus d’accueil sur la ferme. Elle aimerait récupérer au moins une dizaine d’hectares en plus. Non issue du milieu agricole, elle avait fait un BTS de gestion de l’eau. Elle voulait s’installer dans la montagne vosgienne pour faire du mouton pendant 2 ans. Au début, elle voulait partir sur du mouton tout de suite sans reprendre le troupeau de vosgiennes.

Les terres étaient en fermage et 5-6 ha en propriété. Ils ont vendus les bâtiments et les terres en propriété et tous les baux. Soit 3 propriétaires au total et la commune qui étaient d’accord pour que Sofiane prenne la suite du bail de Dominique.

Sofiane voulait s’installer vite car elle venait de faire face à un échec. Elle avait alors fait un stage chez un paysan et elle ne voulait pas perdre ses prêts et les bénéfices de la formation. Elle avait avant trouvé à s’installer chez un voisin qui a un troupeau de vaches allaitantes. Mais la fille du paysan s’est décidée à s’installer aussi. Sofiane s’est donc installée en 2018 sur les terres de Dominique alors même que sa maison de retraite était encore en travaux d’aménagement. Ils ont ainsi habité ensemble pendant un peu plus d’un an.

Aujourd’hui, la ferme de Dominique et Brigitte tourne et fait vivre deux personnes : Sofiane et son copain qui l’a rejoint un peu après. Pour eux, c’est mission accomplie.

Trouver le ou la candidate adéquate

« On avait eu 2 ou 3 visites mais ça l’a pas fait. » Dominique

Ils ont beaucoup de visites non officielles, notamment après avoir travaillé avec les écoles Steiner qui leur envoyaient des jeunes en découverte.

L’un des porteurs de projet voulait plutôt une ferme en association avec quelqu’un pour se sentir plus rassuré, alors que notre système fonctionnait exactement comme il voulait (sur petite surface, avec une activité d’accueil à la ferme qui tournait). « Mais le problème de s’installer sur des fermes en association comme le GAEC c’est qu’on arrive dans quelque chose qui tourne déjà et c’est parfois difficile pour le nouvel arrivant de se faire une place » nous dit Dominique. Le jeune peut être soumis aux décisions que prend l’ancien, sans avoir de liberté dans les choix de production ou la prise de décisions comme c’est le cas chez certains de ses voisins.

Dominique et Brigitte ont eu beaucoup de demandes de jeunes qui voulaient faire du maraichage. Mais ils avaient 23 ha et voulaient tout transmettre d’un coup. Pour lui, ses terres et le climat ne sont pas adaptées pour du maraichage, c’est très ingrat.

D’un autre côté, si c’était à refaire pour Dominique, l’expérience se tente. D’autant qu’il n’y a pas beaucoup de preneurs sur les terres qui se libèrent. « On aurait pu laisser 2ha à un jeune qui pouvait essayer d’autre chose. Il faut informer les cédants qu’il n’y a pas uniquement l’élevage de vaches dans la montagne. On ne risque pas grand chose d’au moins d’essayer. » nous dit Dominique. Surtout lorsqu’on voit aujourd’hui le nombre de projets maraichers chez les porteurs de projet. Une activité qui parait plus accessible car les risques financiers ne sont pas grands.
Il ajoute qu’il pourrait être envisageable de démembrer une vaste exploitation avec des systèmes qui travaillent avec différentes voies de valorisation : de la production à la transformation. Il pourrait aussi y avoir un intérêt de travailler en commun sur des choses qui demandent du temps et de l’énergie, pour se répartir les tâches.