Simplifier son système en passant en bio

Après avoir été formé à l’agriculture intensive dans les années 80, Philippe s’installe avec 4 associés sur la ferme familiale de 280ha en 199O au moment même où le contexte politique agricole connait un tournant avec la création de la PAC.
En 30 ans, il passe d’un système hyper-intensif en capitaux à un système intensif en production. Au départ, il s’est installé avec sa famille sur une ferme en polyculture-élevage lait et viande, ils faisaient de l’engraissement et vendaient des taurillons à l’export pour le Liban. Puis petit à petit, sa volonté a été de réduire les intrants sur la ferme.

En 1992 est arrivée la PAC, « Avec l’arrivée de la PAC, la nouvelle logique était le retrait de surfaces à la production pour toucher des aides et produire plus. » ;  « On est formé sur quelque chose puis on arrive sur un modèle qui est complètement différent. »

En 2010, il démarre la méthanisation sur la ferme. Il cherchait à avoir un bilan carbone positif et à améliorer son impact sur l’environnement bien que ce choix -la n’a pas apporté d’amélioration économique immédiate. En 2014, alors qu’il n’avait plus d’élevage et que le dernier des 5 associés avait quitté la ferme, il se retrouve seul et entame sa conversion en bio par intérêt économique d’abord. Il n’était alors pas prêt à se ré-associer. Aujourd’hui, il emploie deux salariés dont un qui a de bonnes compétences en mécanique, ce qui leur permet de fabriquer le matériel agricole eux-mêmes. Le deuxième salarié est très polyvalent ce qui leur permet de se remplacer quelque-soit la tâche.

Finalement Philippe constate qu’il travaille moins qu’avant sur la ferme car il simplifie les choses. Il est passé en système extensif pour la viande et il peut vendre le foin en surplus à un prix décent pour ses voisins avec qui il entretient de bonnes relations.

Redonner une place à la biodiversité

Petit à petit, Philippe rétablit de la biodiversité sur ses parcelles. Etant dans un milieu humide, il a commencé par la création d’une mare. A sa grande joie, il a  observé quelques mois plus tard une espèce protégée classée sur liste rouge: le sonneur à ventre jaune. « Même si économiquement ça ne rapporte pas grand chose, quand on reçoit les classes, ça captive les enfants. »

Et Philippe ne s’arrête pas là, il travaille également sur les plantes bio-indicatrices, pour établir un « état de santé » de ses sols.
Enfin, en 2019,l’association Bio en Grand Est a réalisé un diagnostic biodiversité dans le cadre d’un projet régional sur le rétablissement de la Trame verte et bleue. Philippe il souhaitait avoir un état des lieux de la biodiversité présente sur sa ferme.
Retrouvez le diagnostic biodiversité au lien suivant : https://www.savoirfairepaysans.fr/?post_type=rsfp_focus&p=3056&preview=true

Il a rassemblé tous les agriculteurs voisins pour faire un premier audit pour connaitre l’impact de leurs pratiques agricoles sur la biodiversité. L’objectif est d’élargir les plantations de haies et la préservation de zones humides sur tout le territoire « parce que la biodiversité ce n’est pas que dans les discours quand la ministre vient. C’est aussi dans les faits. « , conclut-t-il.

Une ferme en quête perpétuelle d’innovation

C’est grâce aux différents réseaux de recherche DEPHY, FARRE (ou Agri-demain aujourd’hui) dont il faisait partie qu’il a pu faire évoluer son système en intégration avec les conjonctures politiques et économiques et avec le territoire. Avec l’Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie Grignon, des recherches sur l’émission de gaz à effet de serre ont été faites. Avec le réseau DEPHY, les paysans sont allés visiter d’autres fermes en bio. Ces rencontres lui ont permis d’être rassuré sur le risque de la conversion en bio et de passer le pas.

Aujourd’hui, Philippe prévoit de diversifier les activités sur la ferme. Il pense créer une nouvelle structure juridique en plus de la ferme et la méthanisation pour accueillir des porteurs de projets. Être sous forme sociétaire de type ouvrière de production (SCOP) permettrait de pouvoir être indépendant et résilient dans son atelier de production. Entre lui et les salariés, les décisions sont transparentes et se font en groupe.

« Je ne suis pas agriculteur-manager, les salariés sont aussi mes associés. »

Il aimerait diversifier les ateliers et développer le maraichage et l’arboriculture par exemple, avec un atelier de transformation. Les infrastructures sont là et la ferme porte l’investissement. Elle est prête à accueillir un. porteur.e de projet nous dit-il.
Ce qui le pousse à innover, c’est d’atteindre une autonomie financière et d’être capable de vraiment rebondir. « Aujourd’hui, si un agriculteur a un grain de sable dans la machine, c’est la catastrophe. »

Importance de l’échange et du travail en réseau

Pour Philippe, si nous n’avançons pas en groupe, nous voyons moins les intérêts des innovations et nous allons moins vite.

Il fait ainsi partie de plusieurs réseaux comme Agri-échange, la FNAB ou la FNCIVAM et communique beaucoup sur ses pratiques et l’évolution de ses choix techniques. Ces partages de connaissances lui permettent de faire évoluer son système et de développer de nouveaux itinéraires techniques auxquels il n’aurait pas pensé seul.

Ces groupes lui permettent de voir ce qui peut se faire ailleurs, se donner envie de tester, d’essayer. Son seul regret est qu’il n’existe pas de débats entre agriculteurs conventionnels et agriculteurs convertis en bio. En parallèle de l’importance d’entretenir un riche réseau professionnel, Philippe s’est mis à lui-même communiquer sur sa ferme. Il constate que beaucoup d’agriculteurs aujourd’hui ne savent plus communiquer sur leur métier. Ils ne se mettent pas en avant. D’après lui,  « l’agri-bashing, on l’entretient dans nos fermes. On dénigre une critique qui est peut-être fondée. » C’est pourquoi il a décidé de communiquer sur les réseaux sociaux et il constate avec joie l’enthousiasme des réactions autour de ses bonnes pratiques.

Une valeur ajoutée dispersée mais aujourd’hui retrouvée

« Avec l’intégration des paysans au sein des coopératives, nous ne savons plus où va la valeur ajoutée de nos produits. Pour lui, la valeur ajoutée n’a jamais disparue en agriculture, elle a juste été mal répartie. »

Philippe revendique le fait de ne pas travailler avec des coopératives mais plutôt avec des agriculteurs bio voisins. Il déplore la perte du bon-sens paysan qui s’est ensuivi avec l’intégration.
« La ferme fait réservoir économique » nous dit-il. C’est important que le résultat de chaque atelier de production reste indépendant pour qu’il s’auto-alimente. Il est très attaché à son résultat car pour lui, celui-ci amène plein de projets qui permettent ensuite de rémunérer une personne. Tout est lié. Ses salariés sont très investis dans l’exploitation, leur mode de production en autonomie et respectueuse de l’environnement permet de retrouver un bien-être au travail.
Aujourd’hui la résilience économique est élevée. La ration ne coûte pas cher. Ils récupèrent des vieux bâtiments sur la méthanisation. Ils auto-construisent leur matériel.
Pour lui, il est tout à fait possible que davantage de monde travaille sur les fermes, avec moins de machines, tout en gardant la valeur ajoutée.

Par son expérience, le conseil qu’il aimerait donner à un porteur de projet serait de ne pas copier ce que l’on lui dit. « Le copier-coller n’est pas une bonne solution. »

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